lundi 16 juillet 2012

Il y a eu des pluies - Luce Guilbaud


[IL Y A EU DES PLUIES]

[extrait de 2. LA DEMOISELLE D’ESPÉRANCE]

Il y a eu des pluies des pluies encore
des voyages retenus
et toi dans les rêves
avec tremblements
soie sur la peau
dans la distance sans mesure

les couleurs ont traversé les pluies
et l’attente en gris avec rouge carmin au centre

on a vu des fleuves sortir de leur lit
pour entrer dans la gorge
ne reste que la boue et le trouble

les feuilles tombent
et les gestes se figent
les arbres familiers (des pommiers mêmes)
abattus par l’orage
fructifient encore

des pommes plein les paniers
des noix des nèfles des champignons
c’est l’abondance
mais le cœur a d’autres faims

je lis j’écris dans les fougères roussies
nos lettres se croisent au-dessus

parfois je t’inventais.

Luce Guilbaud, “2. La demoiselle d’Espérance” (extrait), in Nuit l’habitable, Les Arêtes éditions, Collection Au bord du livre, 17000 La Rochelle, 2012.

L'image est de Sarah Jarrett.

mardi 10 juillet 2012

Verticale je suis - Sylvia Plath - Sarah Jarrett



Verticale je suis (28 mars 1961)

Mais je préférerais être horizontale.
Je ne suis pas arbre avec mes racines dans le sol
suçant à moi minéraux et amour maternel
afin qu’à chaque mars je puisse être éclaboussure de feuilles

Non plus ne suis la beauté d’un jardin allongé
arrachant des ah enthousiastes et peint de façon baroque
sans savoir que je perdrai mes pétales
par rapport à moi, un arbre est immortel
et si petite la tête d’une fleur, mais plus saisissante
et tant je voudrais la longévité de l’un et la hardiesse de l’autre.

Cette nuit, dans l'infinitésimale lumière des étoiles,
les arbres et les fleurs ont déversé leurs odeurs froides
Je marche parmi eux, mais aucun ne me remarque.
Parfois je pense que lorsque je dormais
je devais parfaitement leur ressembler -
Pensées parties dans le sombre.
Cela serait si normal pour moi, de m'étendre.
Alors le ciel et moi parlons franchement,
et je serai enfin utile quand je reposerai pour de bon:
alors les arbres pour une fois me toucheront peut-être, et les fleurs auront du temps pour moi.

L'image est de Sarah Jarett (cf sa page Google+ ici)

dimanche 8 juillet 2012

Faust - Sokourov

Vu le Faust de Sokourov il y a maintenant 15 jours dans le tout nouveau cinéma d'art et d'essais de Grenoble "Le Mélies". Salle sentant encore le neuf. Bu avec Dévi un diabolo menthe à la terrasse.
Et le film, pour lequel j'ai attendu avant de réagir, que me reste-t-il maintenant, après ce temps passé ?
La force esthétique des images, l'hymne à la beauté, celle de Margarete (le choix des images sélectionnées ici le montre bien) qui éblouit sur le fond d'horreur que décrit le reste du film. Quelque chose de l'ordre du  sublime. Je reprends ici un extrait du blog de Claude Stéphane Perrin à propos du sublime :
"L'expérience esthétique déploie en réalité de multiples cer­cles, plus ou moins larges, entre les chaos et l'ordre. Ceux du sublime sont les plus sacrés, c'est-à-dire ceux qui confrontent simultanément tous les autres. Ils sont donc à la fois grandioses et terribles. À l'inverse du plaisir du joli qui fonde des inter­prétations plutôt claires et compréhensibles, l'expérience du sublime est confuse. Elle est éprouvée verticalement et simul­tanément menacée par deux infinis (l'un du plus grand que le grand, l'autre du plus petit que le petit). Cette vérité, si vérité il y a, est éminemment subjective et affective."


Le film de Sokourov nous confronte à l'abject, au grandiose et au sublime.
"L'entropie des corps et les formes temporelles sont donc la grande affaire du personnage de Faust mais aussi de l'esthétique de Sokourov. Le cinéaste n'a jamais filmé que des tombes et des sépulcres envahis de végétation et d'animalité bruissante, élevant une stèle secrète à l'union contrariée entre l'homme et sa finitude. Dans ces longs plans-séquences où les paysages ne sont jamais qu'intérieurs, s'éternisent des départs et des séparations sous le regard subjectif d'une caméra pinceau. Or, c'est justement de ce tombeau que cherche à s'échapper son Faust, prêt à aller y chercher Mephisto pour qu'il lui offre l'éternel jeunesse de la chair et le franchissement du Styx." Extrait de la critique de Chronic'art






dimanche 13 mai 2012

A la veille du printemps - Hugo von Hofmannsthal


Le vent du printemps court
Dans les allées sans feuilles
D'étranges choses
Sont dans son souffle.

Il s'est bercé
Parmi les larmes
Il s'est blotti
Dans des chevelures défaites.

Il a fait choir
Les grappes fleuries des acacias
Il a rafraîchi les corps
Et leur haleine brûlante.

Il a frôlé les lèvres
Ouvertes dans leurs rires
A couru dans l'herbe
Douce et vive des prés.

Dans la flûte il s'est glissé
Dans un cri, dans un sanglot,
Le rouge du couchant
A senti la caresse de son aile.

Sans un bruit il s'est glissé
Dans les chambres emplies de chuchotements
En passant il a éteint
La lueur des lampes.

Le vent du printemps court
dans les allées sans feuilles
D'étranges choses
Sont dans son souffle.

Dans les allées lisses
Et dénudées
Son souffle chasse
Des ombres blêmes

Et il nous offre son parfum
Qu'il apporte du pays
D'où il nous est venu,
La nuit passée.

L'original en allemand ainsi qu'un intéressant commentaire sur le blog "Raison garder !" de Jean Bérard.

lundi 7 mai 2012

Raphaële George - la grâce de l’abandon



Fermer les yeux pour rejoindre une autre lumière, une source qui se dissimule et qui refuse de se lever dans mon corps aujourd’hui.

Comme j’ai souffert jusque là, et maintenant que je souffre vraiment : je sais que je ne souffre déjà plus, car la lumière vient.

Bien-être étrange qui nous fait être le monde dans son mouvement et naître de ce monde par la grâce de l’abandon.

Raphaële George, Journal in Psaume de silence suivi de Journal, Éditions Lettres Vives, Collection Terre de poésie, 1986, page 33.

Découvert Raphaële Georges sur le blog d'Angèle Paoli "Terres de femmes".

mercredi 25 avril 2012

Emily Dickinson - Un noeud que nulle main - Yu Jinyoung



Les Mois ont une fin – les Ans – un noeud
Que nulle Main ne peut défaire
Pour étirer encore un peu
L’Écheveau du Malheur –

La Terre remet ces vies fatiguées
Dans ses Tiroirs mystérieux –
Trop tendrement pour que l’on doute
D’un ultime Repos –

À la façon des Enfants –
Lassés de la Journée –
Eux-mêmes – Jouets turbulents
Qu’ils ne peuvent ranger – (423)

Emily Dickinson, Une âme en incandescence (poèmes),édition bilingue, traduction de Claire Malroux, Éditions José Corti, 1998, p. 106 et 107.

Ce poème est en VO sur le site Poezibao où je l'ai trouvé et l'image est de Yu Jinyoung sur le site le Zèbre bleu.


jeudi 15 mars 2012

Nan Goldin - Scopophilia

Quelques images pour me souvenir du diaporama de Nan Goldin vu au Louvre fin 2010


Cupidon tombant amoureux de Psyché

Jeune hermaphrodite endormi

Pygmalion et Galatée